La Débrideuse

La débrideuse, ou les actions auto-étrangéifiantes

Théâtralité, banalité, idiotie, déviance, transgression : la débrideuse rend possible l’exploration libre des manières d’être au monde.

Prenez votre corps, touchez-le, regardez-le, écoutez-le chaque matin. Sortez dans la rue, observez- la, respirez-la, touchez-la. Choisissez une action idiote à accomplir : volez le livre de quelqu’un, embrassez la chaise sur laquelle vous êtes assis, criez dans votre cage d’escalier, portez des vêtements qui ne vous « représentent » pas. Surtout, faites des actions que vous ne voulez pas faire. Ou contraires à vos habitudes et codes. Elles peuvent êtes réalisées à plusieurs. Répétez l’action tous les jours d’une semaine en notant après coup ce qui vous passe par la tête dans un petit carnet. Conservez les notes, elles sont des extensions de mémoire, des traces d’un état. Il sera nécessaire de les consulter et de les réécrire afin de constituer les « scripts » de vos futurs comportements. Ce passage par l’écriture permet de conserver une distance envers soi-même, nécessaire à un protocole scientifique expérimental. Ce dispositif permet un jeu des mécanismes de constitution de nos limites mentales, de l’admissible, du raisonnable, de l’acceptable. Elle nous immunise contre la gêne en société. Plus elle est éprouvée régulièrement, plus les comportements, les mouvements du corps dans l’espace serons flexibles, désordonnés, impulsifs et divers. La débrideuse permet d’entrevoir l’infinité des comportements en devenir. Elle vise à la constitution d’un monde d’idiots chaque jour un peu plus mutants au gré de leurs expérimentations transformantes. Les actions auto-étrangéifiantes (ou auto-aliénantes), si elles sont bien appliquées, peuvent avoir une action mécanique sur nos comportements futurs, nos modes de vie et nos rapports à l’autre et au monde. Moi dans mon corps dans le monde fonctionne mécaniquement. Jouons avec nous-même : nous sommes des machines.

 

Ce texte est une « machine conceptuelle » écrite pour le futur ouvrage dirigé par Mathias Richard Mutantisme 1.2,  éditions Caméras animales.

http://www.camerasanimales.com/livre07.html

Il s’agit d’un protocole, d’un mode d’emploi qui vise à donner envie au lecteur d’agir dans le monde de manière idiomatique.

Ci-dessous, quelques unes des applications que j’ai effectuées

 

 

#1 Bonjour

Au réveil, sortir dans la rue et dire bonjour à la première personne que je croise.

 

 

 

#2 S’incruster un souvenir

Une amie me raconte un souvenir inventé mais plausible, je diffuse la vidéo tout les soir avant de m’endormir.

 

 

 

#3 Vêtement

J’ai portée d’avril à août 2013 exclusivement des vêtements prêtés par des personnes consentantes. Elles devaient avoir à peu près la même taille que moi, pour que le costume soit crédible, je ne donnais jamais mon avis sur le choix de la tenue.

J’étais déguisée en l’Autre.